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La forme des messages laissés, ou leur absence, avant une conduite auto-agressive, peut renseigner sur la gravité d’une situation, qui conduit parfois jusqu’au suicide. C’est ce que révèle une étude récemment publiée dans «Cogent Psychology».
Par David Trotta, rédacteur – Institut et Haute École de la Santé La Source
Les comportements auto-agressifs figurent parmi les principaux facteurs de risque de suicide. Lorsqu’une personne est admise aux urgences après s’être fait du mal, les soignant·es doivent rapidement évaluer le danger immédiat et le risque de récidive. Certains indices, parfois discrets, peuvent les aider dans cette évaluation, à commencer par les messages laissés avant ou pendant l’épisode.
Dire sa détresse
Pour mieux comprendre leur signification, des chercheur·es ont analysé les données de l’Observatoire romand des tentatives de suicide (ORTS). L’étude, publiée fin janvier dans «Cogent Psychology», porte sur 2’341 épisodes concernant plus de 2’000 adultes pris en charge dans les services d’urgence. Elle montre que près de 47% des épisodes étaient accompagnés d’un message, les plus souvent des déclarations orales, des SMS ou des appels téléphoniques.
Si les lettres manuscrites sont pour leur part plus rares, elles sont associées à des gestes plus graves et potentiellement plus létaux, ainsi qu’à une intention suicidaire plus élevée. Près de 80% des personnes ayant rédigé une lettre exprimaient une intention suicidaire claire, contre 55,5% pour les messages électroniques, 43,4% pour les déclarations orales. Une hypothèse: les personnes qui laissent une lettre n’anticipent potentiellement pas d’être secourues et peuvent planifier leurs actions de manière à minimiser les chances d’intervention. Des chiffres à aborder toutefois avec la plus grande précaution. «Il est crucial que, quels que soient les schémas observés, le moment ou la modalité du message, aucune tentative de conduite auto-agressive ne soit jamais minimisée. Chaque acte doit être pris au sérieux, car une intention suicidaire peut être présente même lorsqu’elle n’est pas explicite», précise Philippe Golay, psychologue, professeur HES ordinaire à l’Institut et Haute École de la Santé La Source et coauteur de la publication.
Côté données sociodémographiques, l’étude ne met en évidence aucune différence significative entre les genres, ni dans la probabilité de laisser un message, ni dans le type de message utilisé.
La forme et le fond
Menée sur la forme des messages, la recherche et ses résultats s’avèrent des indices précieux pour la pratique clinique, en vue d’aider les équipes soignantes à affiner l’évaluation du risque suicidaire et adapter la prise en soin. Dont une hospitalisation, une surveillance renforcée ou un suivi spécialisé.
Étape importante donc, elle devra être complétée par des recherches futures, particulièrement sur le contenu des messages, non analysé dans le cadre de l’étude, soulignent encore les chercheur·es. Qui rappellent aussi l’importance de ce champ de recherche en termes de santé publique, le suicide étant en Suisse la cause de mortalité d’environ 1’000 personnes chaque année.