Par Philippe Golay, professeur HES ordinaire, responsable du service Recherche et Innovation
L’Open Science et ses principes sont aujourd’hui largement partagés: accès libre aux résultats et aux données, transparence, reproductibilité, partage, efficience. Pourtant, sur le terrain, une question revient avec insistance: comment réaliser ce changement de culture sans le réduire à une charge supplémentaire? Le temps consacré à la recherche ne risque-t-il pas de s’éroder face à des démarches additionnelles? Cette tension entre ambitions scientifiques et temps disponible révèle rapidement un premier point de friction entre les conditions de diffusion et d’accessibilité des résultats.
Le modèle actuel de l’édition scientifique fait peser sur le contribuable un paradoxe difficilement tenable: les institutions académiques financent la recherche et son évaluation, mais doivent ensuite racheter à prix élevé l’accès aux résultats qu’elles ont elles-mêmes produits. Les Hautes écoles suisses ont beaucoup œuvré pour faciliter le travail des chercheuses et des chercheurs, en proposant des solutions permettant de publier en accès ouvert de la manière la plus simple possible, sans démarche supplémentaire ni frais directs à leur charge. Toutefois, cet édifice reste fragile: les coûts continuent d’augmenter, mettant sous tension un système dont la soutenabilité est aujourd’hui clairement en question.
Récemment, en refusant des accords qui perpétuent des modèles économiques coûteux et inéquitables, les Hautes écoles suisses ont envoyé un signal fort: swissuniversities recommande désormais de ne plus jouer le rôle d’expert·e pour les revues avec lesquelles il n’a pas été possible de trouver un accord. Ce positionnement a également été adopté à la Haute École de la Santé La Source. Cette évolution ne doit toutefois pas se faire au détriment des chercheuses et chercheurs, qui doivent être accompagné·es et soutenu·es, et non pénalisé·es, dans leurs choix de publication.
Une réponse possible se dessine: le retour en force des sociétés savantes et des institutions académiques dans le jeu de l’édition, un terrain qu’elles avaient en partie délaissé au profit d’acteurs commerciaux. La revue MAINS LIBRES illustre une dynamique intéressante: devenue en 2025 une publication scientifique de la HES-SO, cette revue francophone consacrée au mouvement, à la motricité et aux interventions cliniques est désormais publiée en accès libre de type ‘Diamond’ (gratuite pour le lectorat comme pour les auteur·es) et incarne un modèle d’édition ouvert et éthique. L’implication de la HES-SO pour soutenir cette plateforme doit être saluée et encouragée. Elle ouvre des perspectives pour l’ensemble des sciences de la santé.
Dans la continuité de cette reprise de contrôle, le partage des données s’impose comme indispensable à la reproductibilité, à l’efficience et à la transparence de la recherche. Mais cette ouverture ne peut réussir que si elle s’accompagne d’un soutien réel, afin qu’elle ne devienne pas une charge supplémentaire.
À La Source, cet engagement se traduit par des choix concrets. Le dépôt de jeux de données en accès ouvert est aujourd’hui facilité par la création de la communauté institutionnelle «La Source» sur la plateforme Zenodo, hébergée sur l’infrastructure du CERN. Cet espace permet de déposer, préserver et valoriser les données de recherche produites au sein de notre institution. Un accompagnement spécifique est assuré afin de garantir la qualité des données et des métadonnées, ainsi que la conformité éthique. Là encore, l’objectif est clair: décharger autant que possible les chercheur·es plutôt que leur déléguer une responsabilité supplémentaire.
La Source a soutenu le développement de compétences internes en data stewardship pour accompagner le personnel dans ces démarches. Afin de reconnaître ces efforts, les dépôts de données ouvertes devront pouvoir être reconnus, comme les autres productions scientifiques, dans l’évaluation de la recherche. C’est à cette condition incontournable, le soutien réel et la reconnaissance des pratiques, que l’Open Science pourra pleinement tenir sa promesse, au bénéfice d’une recherche de très haute qualité, forte, créative et libérée du poids de contraintes bureaucratiques.
Édito publié dans la Lettre R&I d'été 2026 >