1980 – 1989

1982 – L’Infirmerie fête ses 75 ans, puis ferme ses portes

L’Infirmerie de La Source fête ses 75 ans en 1982. La même année, malgré un taux élevé d’occupation des lits, et pour des raisons conjoncturelles principalement, la ville de Lausanne ainsi que le canton de Vaud sont obligés de cesser leur soutien financier aux malades indigents soignés dans ces murs. La Source n’ayant pas non plus les moyens financiers suffisants pour garder ce service ouvert, l’Infirmerie ferme ses portes en 1982. La Source ne perd pas uniquement un lieu de soin hautement symbolique, elle perd également un excellent lieu de stage pour les élèves.

Un lieu de soins pour les plus démunis

Charles Krafft a depuis 1902 le projet d’ouvrir une infirmerie, dans l’idée qu’elle serait un excellent terrain d’apprentissage pour les élèves. En 1906, une villa côtoyant La Source est à vendre. La Source l’acquiert, ainsi que les jardins, et la transforme afin de l’adapter à son nouveau rôle. Ce nouveau lieu de soins est destiné à recevoir des malades aux conditions économiques faibles. Au vu de la population prise en charge, le financement des soins se répartit entre l’État de Vaud, la Municipalité lausannoise, des dons et La Source.

Le succès de cette institution est grand, obligeant à de nombreux aménagements afin de permettre une prise en charge du plus grand nombre. Parmi les transformations réalisées, il en est une qui porte le nom hautement symbolique de «Pont des soupirs». Lors de la construction, en 1927-28, du pavillon opératoire, nouvelle annexe à la Clinique, il s’est agi de profiter de relier les deux bâtiments afin de faciliter le passage des opérés de l’un à l’autre. On évitait ainsi le passage à l’air libre au travers du jardin comme cela se faisait auparavant. Le surnom donné à cet aménagement est dû aux soupirs poussés par les malades en transfert pour la salle d’opération.

En 1960, l’Infirmerie quitte ses locaux pour prendre place au rez-de-chaussée de la nouvelle Clinique. La villa ne reste pas vide longtemps: les trois étages sont loués au Centre lausannois des soins à domicile et le rez-de-chaussée est utilisé pour un auditoire, un salon, un bureau ainsi que le centre de stomatothérapie. Le déménagement, même s’il est teinté de nostalgie, autant chez les patients que dans le personnel, est apprécié pour le confort apporté par la modernité.

1986: Fermeture du Dispensaire

 Consultation médicale au Dispensaire.

Consultation médicale au Dispensaire.

Le Dispensaire ferme en 1986, 15 ans après son installation dans le nouveau bâtiment longeant l’avenue Vinet.

Au début des années 80, de premières discussions se tiennent autour de l’existence même de cette structure. En effet, le Dispensaire est de moins en moins bien accepté par les praticiens qui y voient un lieu de concurrence. Il ne répond également plus aux besoins de la population. Devant ces éléments, une étude est réalisée, afin de connaître les nouveaux besoins de la population ainsi que des institutions en termes de soins à domicile ou d’hospitalisation. Les résultats de cette étude, parue en 1982, montrent très clairement que les soins à domicile sont globalement un tiers moins onéreux que les soins en milieu institutionnel, ceci autant pour les structures hospitalières que pour les assurances et aides sociales. De même, avec des soins à domiciles développés, il est constaté une baisse de plus d’un dixième de la population institutionnalisée. Il y a néanmoins une augmentation du coût pour le patient mais qui, selon les dires des principaux intéressés, est compensée par le bien-être apporté par un maintien à domicile.

Au vu de cela, il est décidé et négocié, en 1984, entre La Source, la Commune de Lausanne et le Centre lausannois de soins à domicile (CSLAD), que le CSLAD se déplacera au Dispensaire, quittant le «Tilleul» (qui deviendra un lieu de location de cabinets médicaux). Ainsi, moyennant d’importants travaux de transformations, ce transfert permettra de rendre au vaste bâtiment longeant l’avenue Vinet sa destination première de Centre de soins extra-hospitaliers.

 L'entrée du Tilleul alors qu'il accueillait le Centre Lausannois des soins à domicile en 1982.

L’entrée du Tilleul alors qu’il accueillait le Centre Lausannois des soins à domicile en 1982.

Le Dr Willa, responsable du Dispensaire, écrit dans le rapport annuel de 1985: «On doit regretter la fin prochaine de ce dispensaire qui a été l’un des fleurons de La Source. Il a contribué à son développement, il a réuni au cours des décennies des collaborateurs généreux et éminents, il a été un instrument de charité au sens le plus noble, avant d’être aussi un outil d’enseignement». Comme le résume ensuite le Dr. Willa, le dispensaire est devenu une «survivance utopique du passé, à l’image de son nom […]». Sa fermeture en 1986, suivant de près celle de l’Infirmerie en 1982, marque la fin de l’activité philanthropique de La Source.

En 1991, le CLSAD ferme ses portes. Il est définitivement remplacé par les centres médicaux- sociaux (CMS) qui s’installent ailleurs en ville.

1988: Séparer la direction de l’École de celle de la Clinique

La course accélérée vers l’avenir est brutalement stoppée avec la crise de 1974. Dans le système hospitalier, il faudra bien deux à trois ans pour passer d’un système de soins en expansion rapide et non contrôlée, à un système rationné de l’extérieur par les ressources.

A La Source, dans cette optique de rationalisation du système hospitalier, on assiste, en 1982, à la fermeture de l’Infirmerie et, en 1986, à celle du Dispensaire. Pour faire face à cet état de crise institutionnelle engendrée par la perte de deux services de soins et de lieux de stages et, suite à la démission de la directrice en charge, Micheline Boyer, une commission interne est créée pour chercher des solutions. Elle fait des propositions dont celle de scinder la direction Ecole-Clinique tout en conservant une Fondation unique.

Une directrice de l’École, Christiane Augsburger, un directeur de la Clinique, Michel Walther, et une directrice des soins infirmiers, Madeleine Ott, sont nommés pour développer ces deux entités qui doivent faire face à la concurrence accrue entre écoles et entre cliniques privées. L’État de Vaud approuve cet état de fait et signe une nouvelle Convention avec La Source, en tenant compte de cette séparation.

Dans un monde en mutation toujours plus rapide, qui exige une redéfinition et un nouveau positionnement des rapports entre les différentes instances concernées par les soins, La Source, après un temps d’hésitation et de réflexion, s’est assurée une continuité dans le changement, une même Fondation avec des entités différentes. Elle n’avait pas pris ce virage, en 1976, lors de la démission de la directrice Charlotte von Allmen, alors que des voix institutionnelles s’élevaient déjà pour aller dans cette direction.

Christiane Augsburger : une bâtisseuse du devenir professionnel infirmier

 Dans le cadre du programme généraliste, des stages à l’étranger sont organisés. Au Vietnam, le projet est plus important : l’Ecole La Source initie, sous la responsabilité de la responsable de formation, Michèle Monnier, un programme en santé communautaire pour les infirmières et infirmiers vietnamiens. Christiane Augsburger distribue les diplômes, en 2000.

Dans le cadre du programme généraliste, des stages à l’étranger sont organisés. Au Vietnam, le projet est plus important: l’École La Source initie, sous la responsabilité de la responsable de formation, Michèle Monnier, un programme en santé communautaire pour les infirmières et infirmiers vietnamiens. Christiane Augsburger distribue les diplômes, en 2000.

Christiane Augsburger est d’origine française, elle est née en 1943 à Dijon. Elle suit une formation d’infirmière à Colmar, en 1963, loin de sa famille qui se trouvait en Allemagne. Diplômée, la jeune femme s’installe dans cette ville et y travaille dès la fin de ses études. Tout d’abord, elle choisit les soins techniques, hautement médicalisés. Elle épouse un Suisse. Le couple s’installe à Berne où elle travaille à l’Inselspital, dans un service de soins intensifs. De là, à Neuchâtel, elle entre au service d’un médecin privé et découvre les soins de base et le contact direct avec la clientèle. A quelques années d’intervalles, deux enfants naissent, deux petites filles. Pendant 6 mois, elle est mère au foyer. Ayant déménagé à Genève, elle recherche une activité compatible avec son rôle de mère. Elle est engagée par la Croix-Rouge genevoise en tant que monitrice pour donner, entre autres, les cours de soins mère-enfant, et de soins au foyer. Dans ce cadre, elle se forme et devient instructrice Croix-Rouge. C’est à ce moment-là, dit-elle, qu’elle attrape le virus de l’enseignement. Cette passion va la conduire à postuler comme monitrice-assistante à l’École du Bon Secours en 1974.

Elle décide ensuite de faire des études universitaires et obtient, en 1982, une Licence en sciences de l’éducation dans le cadre d’une formation récemment initiée par Rosette Poletti à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de Genève. Sa licence terminée, Christiane Augsburger est responsable d’un département du programme soins généraux au Bon Secours. En 1987, elle débute un Master of Arts in Health Care à l’Université de Webster. Forte de toutes ces expériences, elle pose sa candidature à La Source et est nommée en 1988. Elle est la première directrice infirmière mariée et mère de famille.

Dès son arrivée à La Source, Christiane Augsburger se positionne en tant que professionnelle laïque: la motivation et non la vocation est placée au centre des valeurs professionnelles à défendre auprès des élèves, qui deviennent des étudiant-e-s, et des monitrices, qui deviennent des enseignant-e-s.

En parallèle, elle s’attelle à la gestion administrative, en clarifiant la répartition des responsabilités, en élaborant de nouvelles descriptions de poste, en créant un service de comptabilité et du personnel, en informatisant progressivement l’institution, mais aussi en rénovant l’École avec de nouveaux bâtiments qui permettent l’accueil de nombreux étudiants.

Toutes les formations existantes sont revues, évaluées et ré-élaborées, diverses formations nouvelles sont créées: dans la formation de base (SENIOR, niveau II, HES, Bachelor); dans la formation postdiplôme, (Programme postdiplôme en gérontologie-gériatrie, programme postdiplôme en santé communautaire avec diverses options, et un programme universitaire, le Diplôme des Hautes études des pratiques sociales (DHEPS)).

Parmi les autres secteurs, signalons le développement de la bibliothèque qui devient un Centre de documentation professionnelle, et la création d’un service d’archives ayant pour but de valoriser, par des recherches historiques, un fonds patrimonial institutionnel unique. Cet ensemble d’actions de type pédagogique, administrative et organisationnelle vise à un seul et même but: professionnaliser la formation et, par ricochet, la profession. En 1994, Christiane Augsburger avec Nicole Fichter sont interviewées par Anne de Castello. Elles participent à l’émission «Bleu comme une orange» de la Radio Suisse romande (RSR), produite par Anik Schuin et réalisée par Lucile Solari sur le thème Profession infirmière: une image à revoir. Christiane Augsburger y précise ses vues sur la profession et la formation infirmière.

Lorsqu’elle arrive à L’École La Source, Christiane Augsburger est la seule universitaire. En quelques années, le nombre d’enseignantes, puis d’enseignants, formés dans les universités augmente rapidement. En 2004, 72% du personnel enseignant et du secteur recherche et développement a une formation universitaire. Elle crée, en 1995, l’Unité de recherche et développement, ce qui permettra à l’École La Source d’être présente dans les réseaux de recherche HES. Elle quitte la direction de l’École La Source en 2005, après 17 ans de travail assidu et de dynamisme injecté dans cette institution.

Michel Walther, un management hôtelier pour une qualité hospitalière

Né en 1950 au Maroc où il perd tragiquement son père, il revient avec sa mère s’installer à Morges. Son Bac scientifique en poche, il obtient un diplôme de comptabilité en 1968 à l’École Lémania. Michel Walther se forme ensuite à l’École hôtelière et obtient un Master in Business administration à l’IMD, à Lausanne, en 1980. Il se lance dans la vie professionnelle en faisant des stages dans différents hôtels, aux Bermudes, à Montréal et à Toronto. Il est engagé à Nestlé et entre 1976 et 1984, il y occupe diverses activités, telles celle de contrôleur de gestion internationale, directeur des opérations Cahills Restaurant, à Sidney et celle d’assistant-chef de la direction, dans le secteur de la restauration Nestlé international à Vevey.

Entre temps, il se marie et devient père de deux enfants. En 1984, il est engagé à la Clinique de La Source, en tant qu’adjoint de direction, puis directeur adjoint. Ce faisant, il réalise un vieux rêve, être un hôtelier dans le domaine hospitalier, rêve qu’il avait en quelque sorte préparé, dès sa sortie du Baccalauréat, puisqu’il avait, en 1966, suivi des cours de gestion hospitalière. En 1992, il est nommé Président de l’Association vaudoise des cliniques privées, dans laquelle il défend une médecine libérale de qualité.

Dès son arrivée, il relève à un niveau plus juste les honoraires pratiqués par la Clinique. Puis, il persuade le Conseil de fondation d’hypothéquer les immeubles de la Clinique pour dégager les fonds nécessaires aux transformations hôtelières et aux investissements médicaux. Cette prise de risque lui permet de construire des salles de bains pour chaque chambre, elles-mêmes réaménagées.

En vue du Centenaire de la Clinique et grâce à un don privé, il propose de rehausser le bâtiment de l’ancien Dispensaire pour y créer quatorze chambres supplémentaires. Une Véranda est installée pour les patients, leur donnant un espace de repos et de convivialité. A la même époque, il lance la rénovation complète du bloc opératoire, la création d’une salle de réveil et d’une unité de soins intensifs. Grâce à ces transformations technologiques médicales, et par son entregent, le corps médical se montre intéressé à travailler avec la Clinique. De plus en plus de médecins y pratiquent leur art. Poursuivant cette politique d’investissement et de rentabilité, il inaugure, entre autres, en 2004, une maternité rénovée, un an plus tard, un Centre ambulatoire ultramoderne et, en 2007, il fait installer un nouveau bloc opératoire équipé des appareils OR1 de dernière génération, révolutionnaires pour une clinique privée.

Son goût pour l’hôtellerie le pousse très tôt à s’intéresser à la nourriture des patients. La pause-repas, dans une journée de malade, prend une valeur particulière; elle devrait aider au rétablissement du patient. En continuité avec ce projet, dès 2005, il crée une table d’hôte gastronomique, à l’intérieur de l’espace cuisine rénové, pour partager l’excellence du cuisiner, Eric Godot. Toujours en projet, Michel Walther a installé la Clinique de La Source dans le troisième millénaire : confort et sécurité du patient dans un cadre harmonieux.

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