1970 – 1979

1971 – Un nouvel écrin pour le dispensaire et les soins à domicile

Charles Krafft ouvre, en 1905, le premier dispensaire de La Source sous l’appellation « Polyclinique de l’Avenue Vinet ». A la fin des années 60, c’est toujours la même petite maison qui abrite les consultations du dispensaire et les soins à domicile. Ces services sont à l’étroit et sont victimes de la forte hausse du bruit environnant liée à la circulation grandissante au carrefour Beaulieu – Vinet.

On décide donc de démolir la maison et de créer à sa place un immeuble de deux étages bordant l’Avenue Vinet. Le projet est soutenu financièrement par la Commune de Lausanne. Les autres soutiens à ce projet sont nombreux : une douzaine de médecins, travaillant bénévolement au Dispensaire dans les diverses spécialités de la médecine, se sont déclarés prêts à poursuivre leur collaboration ; la Société vaudoise de médecine ainsi que la Policlinique universitaire y sont aussi favorables. Finalement, les élèves des écoles d’infirmières, devant recevoir une meilleure formation en médecine sociale, ne peuvent que profiter du lieu de stage potentiel que représente le Dispensaire.

L’immeuble réalisé comprend les consultations du Dispensaire, des secrétariats, des traitements ambulatoires ainsi qu’un service opératoire. Le service de ville de soins à domicile, un auditoire et ses annexes et la stérilisation centrale de l’ensemble du complexe hospitalier y sont aussi logés. L’immeuble est en relation directe avec la Clinique et ses divers services médicaux et administratifs.

L’inauguration officielle a lieu le 21 janvier 1971.

1973 – Un nouveau bâtiment pour l’École!

Le 10 mai 1973 a lieu l’inauguration officielle d’un nouveau bâtiment pour l’École, situé dans les jardins du sud des « Saisons » (anciennement Béthanie). Celui-ci contient quatre auditoires, des salles de cours, le secrétariat, des bureaux pour la direction et pour les monitrices et une piscine couverte. En 1982, les élèves désirant davantage se rendre à la piscine à l’extérieur de l’École, l’espace est transformé en bibliothèque.

La réalisation d’un nouveau bâtiment destiné uniquement à l’École est proposée en 1968 au Comité de direction par la commission de prospective. « Il pourrait être placé sur deux étages dans le jardin des « Saisons » qui, sans toucher aux ombrages et à l’esthétique de l’ensemble, a juste la surface suffisante». Cette construction est rendue nécessaire par un besoin urgent de locaux dus à divers facteurs:

  • L’augmentation progressive du nombre d’élèves par année, passant de 60 en 1959, à 74 en 1968, réparties en deux volées;
  • Le nombre d’heures de cours passe de 592 à 1250 heures pour les trois ans de formation, suivant en cela les nouvelles directives de la Croix-Rouge suisse à l’usage des écoles d’infirmières édictées en 1966;
  • L’évolution des méthodes d’enseignement nécessite également plus d’espace;
  • L’agrandissement se justifie encore par l’offre de formations de La Source, organisant notamment des cours de perfectionnement et de spécialisation pour infirmières (santé publique, salles d’opérations, recyclage).

Malgré l’évidence de ce besoin en locaux, il faudra cinq ans pour que le projet devienne réalité. En effet, La Source va à nouveau devoir mobiliser les pouvoirs publics, ne pouvant assumer seule le financement de cette nouvelle construction. Une convention est signée en 1971 entre les cantons de Genève, Neuchâtel, Vaud et La Source. A noter que la piscine et la bibliothèque sont financées par des dons. L’Association des infirmières de La Source, soucieuse d’apporter sa contribution, offre des «éléments d’embellissement», et une «machine à photocopier les documents».

1975 – Principe d’acceptation d’élèves infirmiers

 Groupe de jeunes diplômées en 1981.

Groupe de jeunes diplômées en 1981.

Dans sa séance du 4 mars 1975, le Comité de direction de La Source accepte le principe de l’admission d’élèves masculins à La Source. Cette acceptation n’est pas accompagnée de critères d’admission spécifiques, outre la question du service militaire: «S’ils sont aptes au service militaire, ils doivent, en outre, avoir accompli leur école de recrue».

 

 Un élève masculin en cours de pratique, 1986

Un élève masculin en cours de pratique, 1986

Ce changement radical pour La Source intervient en regard du souhait de la Croix-Rouge suisse de mixité dans les écoles de formation, exprimé dans les directives de 1966. Une commission ad hoc a été créée en 1974. Elle a rendu un rapport traitant de la spécificité du travail infirmier masculin. Il y est notamment notifié que les hommes infirmiers restent beaucoup plus longtemps en exercice et ont plus facilement tendance à prendre des postes à responsabilité. Ils représentent ainsi les cadres infirmiers stables qui manquent dans les services hospitaliers. Admettre des élèves masculins serait ainsi des plus positifs pour La Source, d’autant plus que l’École de l’Hôpital cantonal de Lausanne en admet déjà et que «le rayonnement et l’influence d’une école se mesure, en partie, au nombre de cadres infirmiers formés par cette école». Autre élément abordé, les inquiétudes face à la mixité. Ces inquiétudes sont rapidement mises de côté, contrebalancées par le fait que la mixité ne crée aucun problème dans les écoles en général et que, au contraire, la présence d’hommes permettrait d’amener un équilibre dans des volées exclusivement féminines. Finalement, la réaction des patients à ce personnel masculin est soulevée: les patients «estiment cette profession comme essentiellement féminine […]» et les patientes «ne sont pas, de prime abord, hostiles à recevoir des soins d’un personnel masculin, mais sous certaines réserves cependant».

1976 – Le « premier homme »

La volée de printemps 1976 voit l’arrivée du premier homme élève à La Source. Le Journal de l’Institution le mentionne brièvement dans sa section «échos et potins» en février 1977: «Les élèves de la volée d’avril 1976 (dont notre premier garçon, je vous prie !) […]». Il sera suivi d’un autre dans la volée de printemps 1977. Aujourd’hui, en 2009, les hommes dans la formation en soins infirmiers représentent en moyenne 10% à 15% des effectifs.

«A peine arrivé, le voilà parti… une étoile filante au masculin. Notre «Troisième Homme» (pardon M. Orson Welles) n’a-t-il pas supporté les rigueurs du règlement de l’école? Il préfère se diriger vers les douceurs de la carrière militaire. Ceci dit sans arrière-pensée». (in «Échos et potins», Journal La Source, novembre 1977, p.248).

1977: Nomination de Micheline Boyer (1926-2003), une infirmière non Sourcienne.

De nationalité française, Micheline Boyer est née à Paris où son père était chirurgien. Issue d’une famille française protestante et baptisée protestante, elle est devenue catholique à l’âge de dix ans, lorsque sa mère s’est convertie. Après un baccalauréat français, elle devient l’assistante-médicale de son père, chirurgien, jusqu’à l’âge de 34 ans. Au décès de son père, elle s’installe à Genève pour suivre la formation d’infirmière au Bon Secours. Diplômée en 1963, elle travaille pendant deux ans à l’Hôpital cantonal de Genève, comme infirmière, puis infirmière-chef adjointe. Elle obtient une bourse de l’OMS pour aller faire un Bachelor en soins infirmiers à l’Université de Montréal et une maîtrise en santé publique à l’Université de Caroline du Nord, en 1967.

La bourse de l’OMS comprenant un contrat de travail de trois ans dans un pays d’Afrique, elle est nommée à Dakar, au Centre d’enseignement supérieur en soins infirmiers où elle fonctionne comme monitrice, puis comme directrice, jusqu’en 1972. Elle demande alors un congé à l’OMS et repart pour les USA où elle obtient un poste de professeur-assistant à l’École de santé publique de l’Université de Caroline du Nord. Elle y accède au grade de Docteur en philosophie, option Higher Education et Santé publique, en 1975. L’année précédente, l’OMS la nomme au Caire pour organiser, entre autres, la formation pour les monitrices des écoles d’infirmières égyptiennes. Désirant rentrer en Suisse, auprès de sa mère, elle postule à la direction de La Source. Formée en dehors du sérail Source, catholique, elle est cependant nommée pour ses hautes compétences et sa riche expérience professionnelle.

Une direction plus administrative que pédagogique

A La Source, elle se trouve rapidement placée devant une tâche difficile: la récession économique touche de plein fouet le système hospitalier vaudois dont fait partie La Source. Dans la décennie des années quatre-vingts, dont le mot d’ordre est: « économie », La Source doit se résoudre à accepter de fermer tout d’abord l’ancienne Infirmerie, la prise en charge des indigents étant assurée par les assurances sociales, puis le Dispensaire, les soins à domicile se réorganisant au niveau du canton. Dès lors, il s’agit de développer la Clinique afin qu’elle résiste à cette crise, car des résultats de son activité dépend en partie le budget de l’École.

Rapidement, elle se préoccupe de réorganiser l’administration qu’il s’agit de faire passer d’une méthode de gestion à l’ancienne à une approche plus rationnelle du management qui lui avait été enseignée à l’université, aux États-Unis. Elle demande alors une évaluation de ce secteur qui aboutit à la création d’un poste d’administrateur, tenu par M. Javaux, avec lequel elle réorganise et restructure, la comptabilité, l’intendance, le secrétariat, etc. Parallèlement, secteur par secteur, la Clinique fait peau neuve. Sur le plan de l’École, elle réalise une même réforme administrative et continue, à la suite de Charlotte von Allmen, d’envoyer son personnel enseignant se perfectionner. Ce personnel va devoir, effectivement, modifier l’approche de l’enseignement des soins: la réinsertion du patient dans son milieu devient prioritaire. En 1984, elle met en place la formation passerelle pour les infirmières assistantes qui souhaitent obtenir un diplôme en soins généraux. La même année, elle est active dans l’organisation de la fête des 125 ans de l’École La Source.

Si ces onze années de direction ont été enrichissantes, les décisions prises, souvent importantes et graves, ont contribué à faire de sa tâche un fardeau parfois difficile à porter. A la suite de sa démission, il est décidé de scinder le poste de direction en deux entités, l’École et la Clinique.

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