1960 – 1966

1961 – Ouverture d’un centre de cardiologie et d’un centre d’anesthésiologie

Après les grandes transformations architecturales entre 1958 et 1961, la Clinique se dote de deux nouveaux centres de compétence: la chirurgie cardiaque et le service d’anesthésiologie. Ces deux spécialités sont utiles à la Clinique pour les soins aux malades, mais aussi à l’École qui peut ainsi former des élèves dans ces deux spécialités très pointues.

Chirurgie cardiaque:

En octobre 1961, on pratique les premières opérations dans le nouveau centre de chirurgie cardiaque. C’est premièrement une chirurgie à cœur fermé, pratiquée par le Dr A.-P. Naef, puis une chirurgie à cœur ouvert, pratiquée par le Dr Ch. Hahn. Un don de M. Ed.-M. Sandoz permet l’acquisition des appareils nécessaires. Afin de pouvoir faire fonctionner ce service spécialisé, il a fallu envoyer une diplômée se former aux soins aux opérés cardiaques, cette spécialisation n’existant pas encore à La Source. Mademoiselle Lucette Mercier part ainsi deux mois en 1961 à Leyde, dans le service du professeur A.-G. Brom. Le Dr Hahn ayant réorganisé son activité à l’extérieur de La Source, le 14 avril 1978, le Comité de direction décide d’interrompre l’activité du Centre de chirurgie cardiaque. Entre 1961 et 1978, près de 1130 patients ont bénéficié, dans le cadre de la Clinique de La Source, d’une opération de ce type.

Au début des années 1960, La Source répond favorablement à la demande de Terre des Hommes d’opérer des enfants tunisiens, particulièrement pauvres et atteints d’une malformation cardiaque. Quelques opérations sont pratiquées à La Source et dans d’autres centres hospitaliers de Suisse romande et européens. Constatant les besoins chirurgicaux sur place, Charles Hahn demande à la direction de La Source de libérer du personnel pour se rendre sur place une quinzaine de jours. Il s’agit, d’une part, d’opérer les enfants et, d’autre part, de montrer à une équipe sur place déjà formée en chirurgie thoracique, nos méthodes et techniques opératoires. Cette expérience, peu commune et difficile de par la confrontation de cultures professionnelles différentes, est une réussite appréciée par l’ensemble des protagonistes.

Anesthésiologie:

Étant donné le grand développement du service opératoire, le Comité de direction décide de créer un service d’anesthésiologie. Ce service pourra former des infirmières narcotiseuses. La première élève, en décembre 1961, est une infirmière Sourcienne diplômée. La responsabilité du service est confiée au Dr J.-P. Muller, déjà attaché à la maison comme anesthésiste-conseil.

Charlotte von Allmen, directrice de 1964 à 1977

En 1964, Charlotte von Allmen, Sourcienne, prend ses fonctions à la tête de la direction de La Source. Née le 20 janvier 1922 à Bâle où son père y est un chimiste renommé, elle y suit ses écoles primaires et secondaires. En 1940, elle obtient un Diplôme de culture générale à Neuchâtel. Elle suit ensuite une formation pédagogique de deux semestres à l’Institut Jean-Jacques Rousseau, à Genève, alors rattaché à la Faculté des Lettres de l’Université et dirigé par Jean Piaget et Robert Dottrens. Cette formation lui donnera le goût pour la pédagogie nouvelle. Puis, elle fait un stage à l’Hôpital des enfants de Bâle en tant qu’externe. Cependant, un projet religieux la conduit à suivre quatre semestres d’études à l’Institut des ministères féminins, à la Faculté de théologie de Genève où elle obtient un diplôme en 1945. Elle passe ensuite une année en stage à Caen, dans le cadre du Service œcuménique d’entraide de la CIMADE, en vue d’un poste en Belgique. C’est là qu’elle décide de devenir infirmière pour «aider à reconstruire l’après-guerre». Selon elle, c’est ce qui convient le mieux à son caractère.

Après un séjour linguistique en Angleterre, elle entre à La Source en 1949. Diplômée, elle travaille au Dispensaire de Neuchâtel jusqu’en 1957 puis un an au Bürgerspital de Bâle. Elle est ensuite appelée par La Source à devenir monitrice de stage aux Cadolles, poste pour lequel elle se forme à l’École supérieure d’enseignement infirmier de la Croix-Rouge suisse, à Zürich. La direction de La Source la contacte pour le poste de directrice. Elle accepte et s’y prépare dès septembre 1962. Grâce à une bourse de la Croix-Rouge suisse, elle se rend à la Wayne State University de Detroit (USA) où elle suit les cours d’administration d’École d’infirmières. Elle fait ensuite un voyage d’études en Angleterre, en Écosse et en Allemagne, lequel doit déboucher sur un rapport présentant des propositions à faire au Conseil d’administration. Dès son arrivée, elle précise ses orientations en pédagogie et en gestion: méthodes actives d’enseignement, impliquant davantage les élèves et demandant aussi une préparation et un nombre plus grand de monitrices. Elle dirige La Source jusqu’en 1977. A cette date, à l’âge de 55 ans, elle reprend le chemin d’une vie moins occupée, comme elle le dit «vivre au présent et non plus avec six mois d’avance.»

Charlotte von Allmen, une infirmière qualifiée enrichie d’une pédagogue, l’art de faire évoluer la formation vers la modernité pédagogique et professionnelle et l’administration de l’institution vers des principes actualisés de délégation et de responsabilisation

Ainsi, pour la première fois, une infirmière ayant une formation universitaire est à la tête de l’Institution. Dès son arrivée, elle se positionne et déclare, par exemple, qu’il est normal qu’elle soit la présidente de la Commission des études. Jusqu’alors ce poste avait été tenu par un médecin, le Dr Pierre Vuilleumier. A la demande de Charlotte von Allmen, celui-ci reste président d’un groupe de travail chargé de l’évolution du programme d’études. D’autres commissions de même type vont être créées au gré des nécessités: propagande; établissement du programme pour les infirmières visiteuses; mise au point et enrichissement de la bibliothèque; pour le règlement de maison; les processus de candidature; les problèmes de stages, etc. Certains membres du Comité de direction craignent que la création de ces groupes de travail n’éloigne la directrice des problèmes à examiner. Charlotte von Allmen insiste sur le fait qu’il lui est impossible de tout voir et de tout faire par elle-même. Ces commissions l’informeraient et elle prendrait ensuite les décisions en connaissance de cause. Dès son arrivée, une gestion administrative déléguée se met en place sur le modèle américain.

Effectivement, dès son retour des Etats-Unis, Charlotte von Allmen annonce son projet de modifier la pédagogie mise en œuvre dans la formation: intégrer davantage la théorie à la pratique; fixer des buts précis d’enseignement et le faire le plus souvent avec les élèves et en regard de leur niveau intellectuel; mettre en œuvre des méthodes actives afin de susciter la curiosité et l’intérêt de l’élève; replacer le malade au centre de la profession infirmière, son confort physique, psychique, social et moral. Elle va de ce fait organiser l’enseignement avec un net accent sur la responsabilité de l’infirmière. Sur le plan administratif, elle souhaite clarifier les relations hiérarchiques et faciliter l’information mutuelle. Dans cette optique, elle met en place des colloques et des groupes de discussion ou de travail. Le tout devrait favoriser la délégation de l’autorité. Ce projet multiple, elle le met en œuvre bien que rencontrant des difficultés en regard, d’une part, du manque de formation scolaire de base des infirmières qui souhaitent devenir monitrices et, d’autre part, de rapports parfois tendus avec les médecins-professeurs tenant à leur prérogative dans le champ de la formation infirmière.

1966 – Les Directives de la Croix-Rouge suisse: de la formation d’infirmières hospitalières à la formation en soins généraux

 Cours pratique avec Liliane Bergier en 1960.

Cours pratique avec Liliane Bergier en 1960.

Souhaitant superviser la formation donnée dans les écoles d’infirmières, la Croix-Rouge suisse édicte, dès 1925, des directives. Elles sont à la base des programmes réalisés dans les écoles; elles sont incitatives mais ne comportent pas d’obligations légales formelles. Cependant, si les écoles ne les suivent pas, la subvention fédérale qui leur est attribuée peut leur être refusée, à moins qu’elles modifient en conséquence leur formation. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, en 1944, de nouvelles directives sont proposées. Il y est mentionné que «le but de cette formation professionnelle est de préparer de bonnes infirmières, aux connaissances pratiques et théoriques solides, rompues à un travail exact et consciencieux et animées d’une haute idée de leur vocation». L’enseignement devra s’étendre sur trois ans au moins. Une grande attention devra être donnée à l’éducation morale des élèves et l’enseignement théorique sera «à base scientifique»; l’enseignement pratique se fera principalement dans les services de médecine et de chirurgie. Ces Directives sont les premières à établir une réglementation centrale dans le domaine des soins infirmiers. Recevoir un enseignement centré principalement sur la médecine et la chirurgie, aller en stages dans ces services hospitaliers-là, vivre dans l’hôpital avec les monitrices, les diplômées et sous la supervision de l’infirmière-chef de l’école dans laquelle l’élève suit sa formation, voilà quels sont les ingrédients principaux pour former une infirmière hospitalière.

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Soins techniques nouveaux : la pratique d’un ECG sur un patient

Cependant, la rationalisation du travail hospitalier, qui débute après la guerre, la mise en place d’une technologie médicale de pointe, et l’émergence des spécialités médicales, vont modifier progressivement la formation infirmière. Les directives de la Croix-Rouge suisse de 1955 commencent à tenir compte de ces éléments nouveaux, alors que celles de 1966 intègrent ces changements. Les premières font basculer la formation d’infirmière hospitalière vers celle de soins généraux, nommés ainsi, d’une part, parce qu’ils touchent à toutes les spécialités médicales, y compris la pédiatrie et la psychiatrie et, d’autre part, parce qu’ils concernent tous les types de soins. Les deuxièmes tiennent compte de la hiérarchisation des tâches au sein même des activités soignantes. Effectivement, deux professions nouvelles sont créées entre temps. En 1958, celle d’aide-hospitalière (formation en un an) et, en 1961, celle d’infirmière-assistante CC CRS (formation en deux ans). Il s’agit donc de former des personnes sachant gérer des équipes soignantes, collaborer avec les professions médicales, guider et enseigner aux élèves infirmières, reconnaître la nécessité de se perfectionner, et adapter les méthodes de travail au développement des sciences. Pour la première fois, dans la définition du but de la formation, deux notions nouvelles apparaissent, à savoir la «prévention des maladies» et «l’exercice autonome des soins aux malades».

La formation donnée à La Source entre 1955 et 1994

Entre 1955 et 1994, l’École La Source forme des infirmières en soins généraux, comme ses consœurs. En effet, et dès cette date, d’une part, la formation s’oriente progressivement vers les soins au patient dans toutes les disciplines médicales, comme l’atteste le programme des études de 1954. D’autre part, l’institution s’ouvre sur l’extérieur: visite des autres écoles, échanges d’experts assistant aux examens finaux, etc. En effet, cette période est marquée par une ouverture qui se fait sur tous les plans. Entre autres, tout en se diversifiant relativement à l’évolution des spécialités médicales, les cours théoriques sont modifiés progressivement. Un glissement s’opère vers les sciences humaines: psychologie (1949), observation du malade, gestion hospitalière (vers 1960), pédagogie, sociologie et droit (1967). En 1968, les principes de Virginia Henderson (les soins basés sur les besoins humains) sont repris par les monitrices, afin de les intégrer dans le programme.

Sur le plan des pratiques, en 1954, pour la première fois, trois monitrices et une infirmière-chef écrivent un Manuel de technique professionnelle qui sera repris et amélioré, dès 1963, par le Groupement des monitrices romandes. De cette manière, les professionnelles infirmières tentent d’homogénéiser les techniques de soins sur les terrains de stage. En 1963, on ouvre des stages en pédiatrie et en psychiatrie. Ces derniers participent de l’élargissement du champ professionnel vers les soins généraux. La formation n’est dès lors plus centrée uniquement sur les services hospitaliers de chirurgie et de médecine.

Sur le plan des valeurs, si en 1958, l’internat est toujours exigé des élèves, dès 1967, il ne l’est que pour la première année de formation. Les règlements internes s’assouplissent: de règles générales identiques et relativement rigides pour toutes, on évolue, dès 1965, vers la responsabilité, l’autonomie et la liberté des personnes. Elles ne doivent plus obéissance aux médecins, mais elles doivent exécuter les ordres médicaux avec conscience et intelligence. Le rôle et les valeurs professionnelles se précisent, mais on est toujours dans le même paradigme médico-délégué, pensé par les médecins, à la fin du XIXe siècle. Cependant, l’éducation à l’autonomie prend peu à peu place dans la formation. Sur le plan de la pédagogie, afin de mettre en œuvre les principes pédagogiques permettant d’accéder à l’autonomie, la parole est donnée aux élèves (on parle encore d’élèves…) non seulement concernant les évaluations de cours, mais aussi en ce qui concerne la vie à l’école et leur formation, et ceci, dès 1968. Une République autonome de La Source est en création ! Un film réalisé par le Groupement lausannois des cinéastes-étudiants, tourné en 1968 à La Source, donne un reflet de la tradition Source et de l’esprit d’ouverture de cette période.

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