1939 – 1946

1939-1945: les Sourciennes mobilisées dans les Établissements militaires sanitaires

Le 25 août 1939, dans le journal La Source, Maurice Vuilleumier adresse aux Sourciennes des renseignements précis concernant les ordres et les indications en vue d’une mobilisation. Le 29 août les troupes installées aux frontières sont mises sur pied et, dès le 2 septembre, l‘armée entière. 354 Sourciennes sont mobilisées. Elles vont suivre les directives de la Croix-Rouge suisse données en cas de mobilisation, en octobre 1938 déjà, pour ses deux écoles, alémanique et romande.

La direction de La Source est fière de son contingent. Le directeur souligne: «Il nous plaît de penser – malgré les circonstances qui en sont cause et la nouveauté humiliante dont cela témoigne – que nos jeunes filles ont participé à leur tour à la solennité d’une assermentation, aux émotions des cultes militaires, aux bienfaits de la discipline, aux charmes de la camaraderie de campagne et de cette «succession d’embêtement qui laissent un souvenir si agréable, comme on a défini le service militaire : école du soldat, paillasses, fatigues physiques, averses, popote…». De nombreuses lettres témoignent de cette nouvelle vie.

Pour les Sourciennes travaillant dans les lieux de stages en France, le choix leur est donné de poursuivre leurs activités au service de l’hôpital qui les emploie ou de rentrer au pays. A celles qui choisiront de rester, une «neutralité intégrale» leur est recommandée. L’Hôpital de Metz, au Nord de la France est évacué le 5 septembre 1939, un certain nombre d’élèves ont accompagné les malades dans ce déménagement puis sont rentrées au pays. Une quinzaine sont restées à leur poste.

Le travail dans les Établissements sanitaires militaires (ESM), un honneur et une responsabilité

Les gardes-malades attachées aux Établissements sanitaires militaires (ESM) organisent et dirigent la tenue des salles, ce qui n’est pas une mince affaire face à certains soldats blessés ou malades qui remettent en cause la discipline militaire. Certaines diplômées feront jusqu’à 200 jours de service alors que d’autres ne seront mobilisées que deux ou trois semaines. Certaines sont de piquet alors que d’autres reprennent du service. Cette mobilité n’est pas facile à gérer ni pour l’école-hôpital, ni pour les lieux de stages hospitaliers. Ainsi, à l’arrière, il y a beaucoup de difficultés, de travail, de désorganisation, de sacrifices, comme le mentionne Maurice Vuilleumier au début de la guerre.

En septembre 1945, le Dr Léon Picot, Président de La Source et Colonel à l’armée, remercie, par la voix de La Source, les quelque 600 Sourciennes qui ont été mobilisées durant plus de 80 000 jours de solde. Il insiste plus particulièrement sur celles, au nombre de 400, qui ont servi sur de longues périodes dans les ESM. Il ajoute qu’entre 1939 et 1944 «le chemin parcouru a été immense. Vous êtes arrivées anxieuses, les mains ballantes, vous avez fini avec des expériences et des habitudes militaires. Ces mois, ces années ont été longs, mais vous n’avez pas perdu votre temps. Tout d’abord, vous l’avez consacré au pays et, en période de guerre, faire quelque chose pour sa patrie donne une satisfaction profonde. Nous n’avons pas pu sauver des vies, panser des blessures graves, assister des amputés et des trépassés. Non, la besogne a été beaucoup plus modeste, parfois même un peu vaine. Mais ces hommes étaient nos soldats, ils attendaient du Service de santé de l’armée de bons soins : vous les leur avez donnés.»

Pierre Jaccard (1901-1979), directeur entre 1940 et 1952

Pierre Jaccard est un intellectuel de grande envergure: Docteur en théologie protestante de l’Université de New-York et Docteur ès lettres de l’Université de Lausanne. Il s’intéresse à la psychologie et à la sociologie dans les années vingt déjà et complète dans ces domaines sa formation aux Etats-Unis. La suppression de sa chaire de théologie, suite à une fusion des Eglises neuchâteloises, survient alors que Maurice Vuilleumier se trouvait gravement atteint dans sa santé. Ce dernier, qui est un ami, lui demande d’assurer sa suppléance pendant sa maladie. A son décès, les Conseils de La Source lui proposent de reprendre le poste de directeur. Mobilisé, il ne débute dans sa fonction directoriale que le 1er juillet 1940, l’intérim ayant été assumé depuis septembre 1939 par Ida Steuri, sous-directrice. Les Conseils de La Source ont-ils manqué là l’occasion de mettre une infirmière à la tête de l’institution? Selon les procès-verbaux de ces Conseils, aucune personnalité féminine, infirmière, suffisamment formée pour occuper ce poste, n’avait postulé.

Bien que très actif à La Source, Pierre Jaccard donne parallèlement des cours à la Faculté de théologie de Lausanne. En 1948, il exprime le souhait de se rendre aux États-Unis pour compléter sa formation psychologique et sociologique pendant un an. La Source lui accorde un congé en le remplaçant temporairement par Gertrude Augsburger. De retour en Suisse, il souhaite reprendre davantage d’enseignement à l’Université de Lausanne. Ainsi, de 1950 à 1952, une codirection est mise en place avec Gertrude Augsburger. A cette date, Pierre Jaccard quitte la direction de La Source mais devient, jusqu’en 1974, membre de son Conseil de Fondation, le développement de cette Institution lui tenant à cœur. Parallèlement à sa carrière académique de professeur extraordinaire, puis ordinaire de sociologie à l’École des sciences sociales et politiques de Lausanne, il préside l’École d’assistante sociale et d’éducatrices entre 1954 et 1960. Il décède le 6 mars 1979.

Une direction toute en efficacité pendant une période troublée par la guerre, la pénurie d’infirmières et le manque de moyens financiers.

A nouveau, un pasteur assure, en quelque sorte, le maintien à la tête de l’institution des principes religieux de Valérie de Gasparin. Dès sa nomination à la direction de La Source, Pierre Jaccard doit faire face à un manque de moyens financiers. Il met de suite en place une réorganisation administrative centralisée en créant un économat chargé de modifier la comptabilité et de contrôler les dépenses des divers services. Le niveau technique et médical de la formation est maintenu grâce au développement de l’infrastructure hospitalière. En collaboration avec les médecins co-directeurs, Pierre Jaccard tend à assurer la modernisation institutionnelle médicale en soutenant les projets de mise en place d’un laboratoire, puis d’un institut de radiologie.

Sur le plan de la formation, il introduit de nouveaux cours et augmente le nombre d’heures d’enseignement. Des monitrices sont engagées pour suivre les élèves à La Source et dans les stages. Les lieux de stages à l’étranger se fermant les uns derrière les autres en raison de la guerre, Pierre Jaccard doit en rechercher activement de nouveaux en Suisse romande. Il prépare et signe plusieurs conventions de stages avec les hôpitaux de Nestlé, de Bex, les Cadolles à Neuchâtel, l’Infirmerie de Lavaux, notamment. Il se heurte alors à la pénurie d’infirmières pour assurer la direction des services infirmiers de ces différents lieux de stages. Il va tenter de fidéliser les diplômées dans les établissements de stages en les affiliant à une caisse de retraite obligatoire.

A la demande de l’Association nationale d’infirmières diplômées d’écoles suisses reconnues et de la Croix-Rouge suisse, un cours pour infirmières-chef est mis en place, en 1943. La concurrence avec les autres écoles vaudoises de St-Loup et de l’École cantonale de Chantepierre, qui se développe rapidement grâce à un soutien financier étatique important, met La Source dans l’obligation de faire un projet de fusion des deux institutions laïques. Celui-ci n’aboutira cependant pas.

Pierre Jaccard se préoccupe également d’agrandir l’institution en achetant les villas autour de La Source, dont Béthanie qui devient la maison des élèves. En 1950, pour faire face aux problèmes financiers, il lance un appel de fonds pour assurer non seulement les rénovations des bâtiments, mais aussi le développement de la formation professionnelle.

1946 – Béthanie: «Home sweet home»

En 1946, La Source achète un immeuble jouxtant sa propriété au Nord-Est. Il appartenait auparavant à une communauté de diaconesses de l’Institut de Béthanie de Zurich. L’immeuble est entièrement transformé afin de l’adapter à son nouvel usage: la première maison d’élèves de l’histoire de La Source.

Depuis 1940, La Source s’intéresse à l’immeuble de Béthanie. Elle cherche en effet à s’agrandir afin de pouvoir répondre à l’augmentation du nombre d’élèves, ainsi qu’à celle des besoins en lits pour la Clinique. La création d’une maison d’élèves permettrait de résoudre ces deux problèmes: en regroupant les élèves sous un même toit et en augmentant le nombre de logements possibles, elle pourrait libérer les anciens lieux de logements. Ces espaces ainsi libérés allaient donc pouvoir être réaffectés afin d’en faire des chambres de malades. Or, les terrains restants dans la propriété de La Source sont insuffisants. De par sa proximité immédiate avec les terrains de La Source, et sa taille, la propriété de Béthanie, Avenue Davel 11, représente donc la solution idéale.

Les frais occasionnés par l’achat, la transformation, et le nouvel ameublement de la maison sont couverts par un don de la Croix-Rouge suisse, ainsi que par un prêt à intérêts très bas, également accordé par la Croix-Rouge suisse.

En 1959, lors des grands travaux d’agrandissement et de modernisation de La Source, la maison sera rafraîchie et les combles aménagés en chambres supplémentaires.

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