1900 – 1919

1906 – Les infirmières de La Source prennent en mains leur destin: la création de l’Association des gardes-malades de La Source

Journée Source 1938, dans le jardin du Foyer Source : les élèves reçoivent leur diplôme. © Madeleine Otth, Lutry.

Journée Source 1938, dans le jardin du Foyer Source : les élèves reçoivent leur diplôme.
© Madeleine Otth, Lutry.

Au printemps 1906, 24 gardes-malades se réunissent à la Polyclinique de La Source pour répondre à l’appel de six de leurs consœurs qui les invitent à fonder une association. Cette société a pour buts:

  1. apprendre à se connaître et à s’aimer;
  2. s’assurer collectivement contre la maladie, les accidents et la vieillesse;
  3. prendre telles mesures que dicteraient les circonstances pour empêcher à des personnes n’ayant fait aucune étude de se faire passer pour des gardes-malades de profession.

Le premier but, mis en œuvre par l’Association, dès son origine, perdure jusqu’à nos jours. De multiples activités sociales et culturelles fédèrent les Sourciennes, par exemple, l’organisation de la Journée Source, dans le cadre du jardin du Foyer.

Le deuxième but est relayé par la direction de La Source qui met en place des assurances sociales (maladie, en 1926, vieillesse et invalidité, en 1932). En revanche, Charles Krafft crée, en 1909, un Foyer et un Bureau de placement. Le Foyer Source-Croix-Rouge doit permettre d’offrir un lieu de vie aux Sourciennes entre deux périodes de travail et en cas de maladie. Le bureau de placement est en fait un petit office de placement pour les diplômées. Ils sont gérés par l’Association dès 1929.

Le Foyer Source-Croix-Rouge acheté par La Source en 1919.

Le Foyer Source-Croix-Rouge acheté par La Source en 1919.

Le troisième but est partiellement assuré par les infirmières qui dirigent le Bureau de placement, jusqu’à sa fermeture en 1968. Effectivement, cet office n’offre pas de place de travail aux élèves non diplômées et aux diplômées présentant répétitivement des certificats de travail négatifs. De nombreuses écoles d’infirmières suisses pratiqueront de même et se renseigneront mutuellement afin de s’assurer que des personnes non diplômées ou insuffisamment formées n’exercent cette profession en Suisse.

1913 – Créer une école-hôpital: vers la formation médico-déléguée

Très rapidement, Charles Krafft persuade le Conseil de fondation d’agrandir les espaces médicaux de La Source. Il y est fortement encouragé par l’évolution des autres écoles suisses et étrangères qui, toutes, s’adossent à un hôpital. En 1905, une petite polyclinique est construite au bord du chemin Vinet. Le développement notable de ce service justifiait cette décision, les consultations passant de 415 en 1892 à 1100 en 1902. Neuf médecins, spécialisés dans divers domaines, se partagent la tâche qu’ils assument gratuitement.

Cette organisation mise en place, on pense alors à un hôpital qui prendrait la forme d’une infirmerie. Le Conseil de fondation décide l’achat d’une villa attenante à celle de La Source. La maison est transformée en infirmerie, en 1907. On y loge malades, élèves et domestiques. L’École La Source devient dès lors un hôpital composé d’une polyclinique, d’une infirmerie et d’une clinique privée. Quelques années plus tard, à nouveau à l’étroit, le Conseil de fondation décide de construire une nouvelle clinique. Elle est inaugurée en 1913.

Dès les premiers agrandissements, Charles Krafft met en place une nouvelle formation. La formation de gardes-malades pour les soins à domicile se réoriente vers une formation d’infirmières hospitalières qui répond aux nouveaux besoins médicaux et administratifs hospitaliers.

1914-1918 – un engagement humanitaire sans précédent!

La Première Guerre mondiale surprend la Suisse comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu; elle n’est pas préparée politiquement et rien n’est prévu pour son approvisionnement. Cette situation surprend aussi les Sourciennes placées en stage à l’étranger. Effectivement, les services infirmiers des hôpitaux romands étant entre les mains des diaconesses, des Sourciennes sont contraintes de s’expatrier pour effectuer leurs stages hospitaliers obligatoires. Elles occupent des postes en Belgique et en France.

Dès le début des hostilités, les Sourciennes s’engagent volontairement soit sur les lieux de stages soit dans les ambulances de guerre pour soigner les blessés. La France, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Hollande et la Suisse bénéficient de leur présence. Le journal La Source en fait un listing et parle de cet engagement: «Elles sont à leur poste, brassard Croix-Rouge au bras, soignant les blessés des deux camps.» Il rapporte les nouvelles envoyées par ces expatriées, leurs conditions de vie dans un pays en guerre, les soins à donner, etc. Dès 1915, des Sourciennes sont aussi demandées par le Dr Alexis Carrel pour assurer les soins dans son ambulance de guerre, située à Compiègne, tout près du front des hostilités. On y a transformé l’Hôtel du Rond Royal en hôpital.

En Suisse, dès le 1er août 1914, les premiers Hôpitaux militaires territoriaux sont organisés: six Hôpitaux territoriaux occupent des infirmières en provenance de neuf institutions-écoles suisses reconnues par la Croix-Rouge suisse. 40 Sourciennes sont déjà mobilisées le 2 août et 160 autres s’y préparent. En 1918, lors de l’épidémie de grippe qui sévit en Europe, Charles Krafft lance un appel à ses diplômées pour aller soigner les malades.

Dès 1915, les Sourciennes participent aussi à l’accompagnement des convois de grands blessés: de Constance à Ambérieux ou Lyon, pour rapatrier les soldats français, puis, de cette ville à Constance, pour reconduire les soldats allemands, chacun dans leur patrie. Ces prisonniers de guerre, blessés, malades, sont suivis médicalement et soignés dans le train.

L’armistice est signé le 11 novembre 1918. Les Sourciennes rentrent en Suisse, honorées (Deux des médailles obtenues par Thérèse Fréminet, Sourcienne, pour « son dévouement inlassable et sa haute compétence » pendant la guerre 1914-1918. L’une, la Médaille d’argent de la Reconnaissance française, offerte par le Ministère de la guerre et l’autre, la médaille Florence Nightingale, la plus haute distinction que peut recevoir une infirmière, offerte par le Comité International de la Croix-Rouge.) par les pays dans lesquels elles ont donné de leur temps et leur savoir professionnel. L’institution La Source en retirera une renommée internationale.

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