1859 – 1870

1859 – Naissance de l’École La Source

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Le 4 novembre 1859, l’École normale de gardes-malades ouvre ses portes. Valérie de Gasparin, soutenue publiquement par son mari Agénor de Gasparin, est la fondatrice de cette institution de formation qui est unique en son genre. En effet, cette école laïque se pose en opposition au monachisme protestant inauguré, dans le canton de Vaud, en 1842, avec la création de l’Institution des diaconesses de St-Loup.

Dans son École, l’élève peut être mariée, célibataire ou veuve. Elle sera rémunérée pour son travail et ne portera pas d’uniforme. Elle ne sera pas soumise à des vœux religieux et on ne l’appellera pas «Sœur». Pour Valérie de Gasparin, toute femme peut soigner. La personne qui veut en faire sa profession peut l’apprendre dans une école pour gagner ensuite sa vie, au même titre qu’une institutrice, par exemple. Mais, créer une école laïque au milieu du XIXe siècle: une originalité laborieuse!

Créer une école laïque au milieu du XIXe siècle: une originalité laborieuse!

Entre 1859 et 1863, trois directeurs-pasteurs se succèdent à la tête de l’institution. Ils sont tous issus des pasteurs libristes vaudois. Le premier, Albert Muller (1811-1878) s’installe avec sa femme dans un appartement à la rue Cité-Dessous N°1. Il doit quitter son poste en 1862 déjà, suite au décès de sa femme. Le second, Jean Panchaud (1822-1862) s’installe à la rue Pépinnet n°5, mais décède la même année. Il faut à nouveau trouver un remplaçant. Antoine Reymond (1824-1908), avec sa femme Jenny, dirige La Source de 1863 à 1890. Le couple s’installe tout d’abord à la Rue Cité –Dessous n°9.

L’institution fonctionne comme un pensionnat. Un prix par élève est versé au directeur comprenant: leçons, pension, logement, éclairage, chauffage et salaire du directeur et de sa femme. Dans ce montant est intégré l’écolage versé par les élèves externes. Il s’agit de demoiselles ou dames de la classe aisée qui suivaient cette formation tout en vivant chez elles ou chez leurs parents. Elles étaient peu nombreuses. Les médecins-professeurs étaient payés à part. De 1859 à 1890, le principe reste le même, que les élèves soient plus ou moins nombreuses, tant que la formation dure 4 ou 5 mois.

Les débuts sont difficiles. L’école peine à recruter des élèves gardes-malades et sages-femmes dans les cantons romands protestants. Grâce à des annonces dans la presse locale, à des brochures envoyées dans les paroisses, peu à peu le nombre de brevets de capacité délivrés augmente.

1866 – Quelle formation au XIXe siècle?

1966aA l’origine, l’École normale de gardes-malades forme en quatre mois, alternativement, des sages-femmes et des gardes-malades En 1864, le cours pour sages-femmes n’est plus organisé et la formation de gardes-malades est portée à cinq mois.

Quel type de cours théoriques offre-t-on à ces élèves? La plupart ont de grandes difficultés de lecture et d’écriture. Pour remédier à ces manques, le pasteur-directeur assistait aux leçons données par les médecins. Il prenait des notes et les rédigeait pour que les élèves puissent les recopier afin de les apprendre. En fait, le directeur devenait, pourrait-on dire, le spécialiste de la matière enseignée. A partir de ces données médicales, Antoine Reymond, le directeur-pasteur, rédige un livre qui présente les cours d’anatomie et de physiologie donnés par les médecins. Ce premier livre distribué aux élèves, Cours d’anatomie et de physiologie à l’usage des élèves de l’école normale de gardes-malades, est publié à Lausanne en 1866. A la même date, Valérie de Gasparin offre un autre livre aux élèves, le E. Beaugrand, La médecine domestique et la pharmacie usuelle, publié à Paris, en 1860. Ce livre-là est celui que les élèves recopient, en partie, dans leurs cahiers.

Ainsi donc, les élèves apprenaient un peu d’anatomie, de physiologie et des éléments de médecine domestique nécessaires à la pratique des soins à domicile.

Le Cours d’anatomie et de physiologie à l’usage des élèves de l’école normale de gardes-malades, une compilation d’auteurs reconnus…

1966bL’ouvrage d’Antoine Reymond est particulier. Dans sa préface, il explique que ce cours n’est «qu’une compilation. Le lecteur s’en apercevra aisément aux guillemets placés en tête d’un très grand nombre d’alinéas de l’ouvrage. Outre les cours oraux des professeurs, dont il a tiré grand part […] l’auteur a consulté et extrait mot pour mot, tout en les combinant, les trois ouvrages que voici: Zoologie par Milne-Edwards, Traité de la physiologie humaine par Beclard et Anthropologie par Bossu. Il n’a certes pas eu la prétention de publier quelque chose de nouveau sur la matière. Son but a été simplement soit de faciliter la tâche des élèves de l’école, surchargées par de longues copies, soit de venir, si possible, en aide aux personnes amies des malades et désireuses de leur donner des soins éclairés.»

Les ouvrages de références, cités dans ce livre, sont tous en lien avec l’actualité de la profession médicale: ils se situent entre l’émergence de l’anatomie (Bichat 1801) et son développement, et juste avant les découvertes décisives de Bernard et de Pasteur, en 1860.

1867 – On déménage à la campagne…

En 1867, l’Ecole quitte la ville pour s’installer dans le quartier de Beaulieu. Antoine Reymond y avait acheté, l’année précédente, la villa La Source, plus grande et plus spacieuse, pour y loger sa famille et les élèves. Cette maison tirait son nom d’une petite source qui jaillissait dans le jardin. C’est ainsi que les élèves prirent le nom de «Sourcières», puis de «Sourciennes», nom porté à vie par les diplômé-e-s de l’École.

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